28 janvier 2011
Tête de truc
L’autre matin, dans ma station de métro, je découvre un cri du cœur qui fait tache dans mon univers robotisé : « La vie est fantastique et il se passe plein de trucs dans une journée ». On a écrit ça au feutre noir sur le métal d’un placard. Rien ne déborde jamais dans cette station jaunâtre creusée en pleine mine d’argent. On a placé récemment des portes palières qui nous maintiennent sagement sur le quai. Allez tenter les enfers avec ça, vous pouvez toujours repasser. Bientôt tout va être automatique, exit les chauffeurs, les machines seront seules à l’ouvrage de nos reptations quotidiennes.
Mon quartier est immaculé. Alors cette littérature sauvage m’a donné un coup au cœur. En plus pour chanter la glorieuse existence, voilà qui ne s’encombre d’aucune bestiole. L’œuvre d’un jeunot en rupture de ban, monté d’une province tiède, et en lente perdition dans une capitale rêvée ? Joliment crasseux, chevelu, triomphal innocent aux mains vides ? Qui tout à coup a eu besoin de marquer le monde de sa vertu dernière ? Je veux dire, chanter sa seule raison d’être, qui est d’être. La confidence d’un garnement tout simple au sein d’une ville si grave, si triste, si fatiguée dans ses contemplations.
Le soir même, on avait effacé ça. Encore un truc en moins. Gardons bon ordre, ne laissons pas les trucs nous envahir de leur jeunesse cradingue, de leur hasardeuse chevelure ! Que le monde tourne, tourne, tourne… J’ai été ce jeunot au feutre noir un minuscule et résiduel poil de seconde dans l’histoire déjà morte.
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