29 janvier 2012

Les palais du plaisir

« Supprimez les drogues ou le sexe, vous ne supprimerez pas les besoins du crime, les cancers du corps et de l’âme, la propension au désespoir, le crétinisme-né, la friabilité des instincts. Vous n’empêcherez pas qu’il y ait des âmes destinées au poison de l’isolement, de l’onanisme, de la faiblesse enracinée. Le poison de l’alcool, de l’antisociabilité. Il y a des âmes incurables et perdues pour le reste de la société. Supprimez-leur un moyen de folie, et elles en inventeront dix mille autres. Elles créeront des moyens plus subtils, plus furieux, des moyens absolument désespérés. L’humanité en elle-même est antisociale. Laissons se perdre les perdus. Ils le sont par nature. Toutes les idées de régénération morale n’y feront rien. Il y a un déterminisme inné, il y a une incurabilité indiscutable du suicide, du crime, de l’idiotie, de la folie. Il y a un cocuage invincible de l’homme, il y a une friabilité du caractère. Il y a un châtrage de l’esprit. L’enfer est déjà de ce monde et il existe des hommes qui se sont évadés malheureux de l’enfer, destinés à recommencer éternellement leur évasion. Et assez là-dessus.

Personne ne pleure les morts. Ils pleurent pour eux-mêmes… ceux qui vivent à travers la mort. Nous qui, dans nos douleurs individuelles, rejouons les mêmes scènes horribles dans les métros et les appartements et les boîtes de nuit et les bars et baignons dans cette nécropole gorgée de sang où la fatigue et l’intuition de la catastrophe rendent insupportable le sexe sans sécrétions – où les palais du plaisir sont devenus des chambres de torture, dans cette zone morbide de la mémoire fausse. »

Lydia LUNCH, Déséquilibres synthétiques, Au diable vauvert, pp. 100-101.

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