17 janvier 2012

Lettres à Yves

Où j’ai relevé : « La vérité n’appartient qu’à ceux qui la savent, les autres ont le droit d’avoir celle qu’ils se sont inventée. »

Et l’envoyeur d’outre-tombe, Pierre Bergé, s’adressant à son amant défunt, Yves Saint Laurent, n’en dit plus. Il pose cette singulière pierre après avoir laissé la mère d’Yves, en fin de vie, dans la conviction d’avoir eu avec son fils un rapport privilégié…

Et la seule leçon que je parviens à tirer avec beaucoup de mal de cela est que, de loin en loin, nous ne voyons pas ce qui nous voit. Leçon très improbable…

Une seule certitude à quelques degrés plus bas à propos donc des « autres » : que ceux qui s’équipent toute affaire cessante d’un appareil critique dégoulinant d’huile (les « nains perfides », comme les appelle Nieztsche) au-delà, très au-delà de la tragédie du monde se gardent de poser leurs sales mains graisseuses sur moi !

06 août 2011

Un enfant de Dieu

Je me raconte toujours des histoires avant de dormir. Sans ça, sans une histoire à laquelle je m’accroche corps et âme, je garde l’œil ouvert comme un rat ébloui par une transparence pénombreuse qui se gave outrageusement des sanglantes babioles du jour enseveli dans les ramassis stellaires. Les bavardages qui sont des armes, les pantins qui sont mes puissants, un écheveau de violences qui me secouent la tête dans tous les sens. Je me retourne indéfiniment vers d’improbables lendemains. Chercher une chance de survie qui enfin me soulage et m’envoie dans mon monde retrouvé. L’âme au frais, les yeux clos sur un eden intime. Les mystères glorieux se succèdent dans ma nuit aux cinq cent mille anges envolés des enfers. Quelle affaire ! je m’exclame en un soupir sonore. La ville me borde comme toujours de ses immenses mosaïques, impressions permanentes. Une grotte céleste de sens. Je m’endors, alors, peut-être. Réveillons-nous un poil de seconde, bordel de Dieu, dans ce sommeil éternel pour clamer un sacré merci à Cormac McCarthy, dont je viens de lire Un enfant de Dieu, qui vient de me faire passer l’une de mes plus belles nuits sur cette salope de planète.

25 avril 2011

Retour à la vie

En 1938, David Goodis a 20 ans. Et il commence l’œuvre de sa vie ainsi : « Au bout d’un moment, ça devient si moche qu’on a envie de tout arrêter. » Première phrase donc de son premier ouvrage, Retour à la vie. Les petits héros trouveront ça pleurnichard. A la vérité, je ne me sens pas un petit héros. Seulement un vieux lecteur reconnaissant au jeune Goodis d’avoir bâti son œuvre à partir de ce point de rupture où la question se pose de survivre dans cette « vallée de larmes ». De tenter un pas de plus dans son enfer. Pour voir, toujours et encore, ce que cache le jeu fatal qu’on nous a mis dans les mains.

Retour à la vie parle de guerre (sino-japonaise) où va s’éprouver un jeune Américain plein de grandes idées, et d’amour où se dépêtre une poignée de trentenaires plus ou moins blessés par l’impossible quête du divin autre. Ils se bagarrent, travaillent, s’enivrent ensemble et font l’amour. A ce dernier chapitre, l’une des plus belles scènes de baise que j’aie lue de toute ma carrière de lecteur : « Helen, solide et nette avec lui ici, dans cette pièce fraîche dans la nuit d’été, tous les deux drapés dans le calme tissu de conceptions morales, logiques et physiologiques qui les enveloppait sans leur peser, impalpable mais présent, les laissant agir sans l’entrave de spéculations confuses et inutiles. » C’est aussi l’une des phrases les plus longues et les plus construites du bouquin, avec sa dose de douce, universelle et définitive abstraction. Goodis a recours à ce type de phrases également pour décrire la guerre, les tranchées, les gars qui volent en éclats.

Retour à la vie s’achève dans la délivrance que représente l’amour enfin trouvé, triomphant sur un tas de décombres et d’enchevêtrements intimes ou non. Dernière phrase survolant le lent enlisement où n’ont cessé de succomber les personnages plongés dans la sanglante grisaille du quotidien : « Maintenant elle se précipitait vers lui et il savait que c’était elle et qu’elle venait à lui. C’était tout ce qu’il voulait savoir. » Un moment miraculeux, sans doute, après quoi il vaut mieux ne plus rien dire et le laisser planté tout en haut du monde. Rien ne devrait jamais être trop loin dans les champs du vivant.

 

30 octobre 2010

Le vélo de Miller

J’ai abandonné Ulrich, notre homme sans qualités, ou l’inverse plutôt. Parce que le jour où Y. sortira de chez moi, j’y laisserai entrer bien du silence et ferai œuvre de lecture, me promets-je avec l’assurance d’un ivrogne au fond d’un verre. S’imagine-t-on ce que le monde compte de maladie ? En appelant maladie l’impossible accès au monde, je veux dire à son extrémité, là où rien n’est fait.

En attendant, j’ai réussi à aimer un petit livre qui traînait chez moi depuis un bout de temps, vu le jaunissement de sa tranche supérieure. J’ai jauni du chef aussi, nous avions quelque chose à nous dire. Mon vélo et autres amis, d’Henry Miller. Moi-même je suis un piètre ami, je dois être un foutu égoïste, rare est celui qui ne finit pas par m’ennuyer et la réciproque aussi. Le gars Miller avait plein d’amis dont il parle avec une vraie chaleur. Des gars bien trempés comme lui, grands baiseurs aux exigeantes originalités.

Surtout, dans ce bouquin, j’ai pris conscience comme jamais auparavant du « je » comme sujet universel. Il a une façon de le mettre en scène où c’est bien moi qui parle. Nous voilà donc tous transcendés en un « je » qui épouse la planète entière ! Sacré Miller ! son vélo l’a conduit bien loin. A dire vrai, voilà l’œuvre d’un ami, de l’ami du genre humain. Et elle fait un bien terrible.

 

15 septembre 2009

Le sourire de la liberté

Et revoilà Christian Moosbrugger, notre tueur de prostituée, le géant indéchiffrable à l’ordinaire genre humain et révélé par la nuit éternelle ! On le transfère d’une prison à l’autre. Il a grande conscience de son importance et de l’effroi qu’il éveille pour être pieds et mains entravés. Aussi, ne voulant risquer la vie de ses gardiens, lorsque l’un d’eux lui met un pied dans le derrière pour qu’il se grouille de monter dans le fourgon, il l’ignore…

Foin d’ironie, c’est un hypersensible. Et Robert Musil de nous le montrer tout tourneboulé par l’extérieur qu’il traverse derrière ses barreaux. « Le bruit dehors bourdonnait et roulait, tendu comme un drap sur lequel, ici ou là, l’ombre de quelque événement sautillait. » Un hypersensible tourmenté par un rien, pour qui la liberté était « comme une écriture blanche et opaque ». Il lui faut bien l’admettre : « Telle lui était toujours apparue, d’ailleurs, sa liberté. Pas particulièrement belle. » Condamné à mort, il ne voit plus dans la vie qu’un amalgame de sauts, de chocs comme dans son fourgon traversant la ville et sujet aux aspérités de la voie, avec « des tas de gens à vous sauter dessus ». Il conclut simplement : « Finalement, c’est ce qui vaudra le mieux, qu’on vous fiche la paix… »

Christian repense au commissaire qui l’a arrêté : « Je vous en prie instamment. Ne me refusez pas ce succès ! » lui a demandé le policier. « Bon, si c’est le succès que vous désirez, dressons donc le procès-verbal. » La sociabilité poussée à son extrême par un singulier asocial… Aussi a-t-il avoué à ce représentant soucieux de soi et ayant une haute idée de ses valeurs – ce qui va sans dire… – son forfait. Au tribunal, celui-ci répète à la cour son injonction au criminel : « Même si vous ne voulez pas soulager votre conscience de votre propre gré, accordez-moi donc la satisfaction personnelle de le faire pour l’amour de moi ! » Admirable assassin…

Musil de conclure en un paragraphe : « Le sourire de celui qui se comprend transfigura le visage de Moosbrugger, il en oublia les gendarmes assis en face de lui et que les cahots de la voiture ballottaient tout comme lui de-ci de-là.* » Voilà un pacte social, et même universel, devant lequel on ne peut que tirer son chapeau !

* Extraits de l’Homme sans qualités, de Robert Musil, 53. « Moosbrugger est transféré dans une autre prison ».

28 mars 2009

Nuits

Dans l’Homme sans qualités, Musil a cette magnifique expression, alors qu’il parle du tueur et violeur Moosbrugger, dont la condamnation à mort est inéluctable : « … la nuit devenait plus calme et merveilleusement lisse ». C’est ce qu’il raconte sur Moosbrugger, les sentiments qui gagnent celui-ci juste après qu’il a perpétré son forfait, violé et tué une femme dont il a cru, dit-il, être agressé ! L’Homme sans qualités place alors le tueur tout près de cette immensité indicible, qui recèle la promesse de le réparer de son humanité monstrueuse. Comme s’il pouvait se libérer de sa formidable pathologie en la laissant se fondre dans cette nuit « merveilleusement lisse ». Nuit donc « merveilleusement » étrangère aux aspérités morales et psychiques de l’humanité, à ses tourments divers. Mossbrugger – le « géant », dira ironiquement Ulrich plus loin, parce que le tueur réclame l’indulgence de la cour en invoquant sa folie, une folie qui, selon lui, le place au-dessus des autres, le rend unique et incompréhensible aux ordinaires qui le jugent – se défait, avec la tête qu’il a plongée dans l’Univers, de son chiffre humain le soumettant au jugement de la société et retrouve, par l’intercession nocturne, sa nature d’être simplement vivant. Il remonte ainsi aux premières heures de la Création et au mystère tout entier. Un voyage qu’a priori chacun d’entre nous est en mesure de faire… A vrai dire, nous en sommes même l’expression. Voilà un tueur raccommodé à lui-même, en attendant le procès et le châtiment. Dont il réfutera le bien-fondé, comme on peut s’y attendre, en bloc.

Et puis, dans un autre cadre, je tombe sur cette formule : « Les trois flèches semblaient chercher à transpercer le velours noir de la nuit. » (Éditions Harlequin). Un profond pardon au grand Autrichien de le rapprocher de ça, mais les bizarreries de la vie, du temps et des nécessités… D’abord, la pauvreté de l’image : la nuit est habillée de velours – noir, parce que l’histoire est celle d’un tueur et violeur dézinguant ses victimes à coups de prières et de tout un petit bazar religieux dont un rosaire aux grains fatals –, et voilà que les flèches d’une cathédrale s’enfoncent dans son vêtement. Les flèches sacrées veulent transpercer la matière veloutée… Ciel ! Avez-vous vu l’horrible accroc qui menace le tissu sombre ? L’auteur en appelle subrepticement aux dons couturiers de ses lectrices et veut là choquer leur conscience proprette, ou je ne m’y entends pas en harlequinades dont je suis un spécialiste pourtant ! Mais bon, peu importe la misère littéraire ici en action. Juste l’image développée. Ce qui m’y chagrine, c’est la nuit fermée. Une matière vient la couvrir, que l’on sent d’une douceur fausse et redoutable. Elle évoque l’apparat mortuaire. La nuit est la mort. La cathédrale et ses flèches cherchent à en nier la fatalité. Ce qui n’est pas autrement surprenant. L’indélicatesse universelle de toute croyance et de tous les appareils religieux de par le monde n’est plus à démontrer.

Conclusion, notre tueur est foutu. Et, à vrai dire, le tueur Harlequin, lui, est cuit, plus victime du classicisme classe moyenne (revu ici à la baisse, il est vrai) que de quoi que ce soit d’autre. Et cela depuis un sacré bout de temps, tout de même !

05 janvier 2009

Trois essais pour être un grand homme

Dans l’entreprise que l’Homme sans qualités poursuit pour devenir un grand homme, il échoue par deux fois pour réussir une troisième. Précisément, il en juge le résultat plus prometteur.

En premier lieu, il veut être un tyran et suivre les traces de Napoléon. Or, il s’aperçoit que, dans ce projet de se montrer intraitable envers ses contemporains, tout dépend du titre que l’on porte. La conquête de ce titre prend du temps, ce qu’il n’a pas plus qu’un autre. C’est ainsi qu’il se retrouve dans l’antichambre d’un ministre de la Guerre pour y régler un malentendu avec un financier, à « son habituelle et grandiose manière ». Mais le financier avait eu au préalable une entrevue avec le politique, et le grade de lieutenant de l’Homme sans qualités pesait peu face au titre d’archiduc du colonel qui le tança vertement. Il renonça ainsi à la carrière de tyran dont son petit grade lui apparaissait pourtant le germe.

Son deuxième essai le conduit dans le monde des ingénieurs, ces gens qui expédient « les affaires avec la règle à calcul ». « Quand on possède une règle à calcul et que quelqu’un vient à vous avec de grands sentiments ou de grandes déclarations, on lui dit : Un instant, je vous prie, nous allons commencer par calculer les marges d’erreur et la valeur de tout cela. » Grave tare : les ingénieurs restent totalement étrangers à leur objet d’étude, tout n’est chez eux qu’affaire de tête. « […] Mais si on leur avait proposé d’appliquer à eux-mêmes, et non à leurs machines, la hardiesse de leurs idées, ils eussent réagi comme si on leur eût demandé de faire d’un marteau l’arme d’un meurtre. » Exit l’Ingénieur et sa « barre blanche sur le cœur », cet être absorbé par sa propre spécialité, mais dont l’âme reste si peu technique.

Le troisième essai le conduit au fondement même de la puissance : les mathématiques. « Elles sont la logique nouvelle, l’esprit dans sa pureté, les sources de l’époque et l’origine d’une extraordinaire transformation. » Et l’Homme sans qualités de chanter les vertus du nouveau monde engendré par les équations infinitésimales de cette discipline, un monde littéralement métamorphosé par rapport à l’ancien empêtré dans des considérations morales fumeuses à force d’ignorance. Sa glorification de la science moderne tout issue de la « logique dure, courageuse, mobile, froide et coupante comme un couteau, des mathématiques » est un chant enflammé. Jugeons-en : « La recherche moderne [est] une magie, une cérémonie de la plus grande puissance sentimentale et intellectuelle, devant laquelle Dieu lui-même défait un pli de son manteau après l’autre. » Mais le diable aussi est de la partie, selon tous ces hommes qui tirent une partie de leurs revenus à « vouloir comprendre l’âme » – ecclésiastiques, historiens ou artistes. Ils accusent les mathémtiques de nous avoir rendus dépendants à l’extrême de leurs lois, devenues omniprésentes dans nos vies, une « perversion de l’intelligence » qui fait de l’homme « l’esclave de la machine ». Elles ont ainsi engendré la sécheresse de cœur, la froideur et la cupidité ainsi que l’extrême solitude propres à « notre » époque. L’Homme sans qualités écrit cela au début du XXe siècle… Et ce sont elles aussi qui ont « suscité les gaz toxiques et les pilotes de guerre », ne manquent pas de conclure les hommes de l’âme.
Mais l’Homme sans qualités se dit « amoureux des mathématiques », pour bien des raisons. Notamment parce que dans le domaine scientifique, annexe aux mathématiques, tout est toujours remis en cause par quelque nouvelle découverte, événement qui renverse d’anciennes conceptions. Ces événements, « comme l’échelle de Jacob, conduisent au ciel ». Là gît l’extrême puissance des mathématiques : ils mènent à penser autrement, donc à vivre autrement.
L’Homme sans qualités, aux divers témoignages de ses pairs, dans sa carrière scientifique, s’est fait remarquer par une contribution qui « n’avait point été médiocre ».

Voilà quelques éléments pour l’ouvrage de devenir un grand homme, qui pourraient bien être d’une rare utilité à tout galérien internautique. Je te salue, ô vieux forban ! On verra là l’expression d’une certaine gêne avec raison, car à la vérité je me sens du côté de ceux qui cherchent la grandeur non point dans les domaines scientifiques mais dans des zones plus subjectives, plus molles et plus immédiates. Même si je reconnais que mon voyage en ces parages numérisés est soumis aux chiffres. La postmodernité se reconnaît quelques déficits à quoi je me sens à l’aise d’appartenir, tous comptes faits. Oui, c’est détestable, historiquement détestable.

27 décembre 2008

L’Homme sans qualités

L’Homme sans qualités est, on le sait, celui non pas du réel mais du possible. Au tout début du livre, il tient à mettre d’emblée les choses au point dans une image très éclairante où il est question d’enfoncer les portes ouvertes. C’est dans le chapitre « S’il y a un sens du réel, il doit y avoir aussi un sens du possible » : « Quand on veut enfoncer les portes ouvertes avec succès, il ne faut pas oublier qu’elles ont un solide chambranle […]. » Si le réel, ce qui existe dans tous les temps de l’indicatif (passé, présent, futur), passe avec succès ces portes et sans susciter plus d’aération que ça, le possible, lui, offre sa structure universelle qui touche à la divinité : « Le possible ne comprend pas seulement les rêves des neurasthéniques mais aussi les desseins encore en sommeil de Dieu. » Le réel, si omniprésent et tout-puissant soit-il, n’est jamais qu’un contenu du possible, une partie, presque une image fortuite et résiduelle de celui-ci. Il est plaisant d’imaginer cela. Moins idéal à penser : le possible, une fois qu’il se conjugue au mode indicatif, sombre dans le royaume des faits, prendrait le statut de réel. Rassurons-nous : cela même reste infiniment discutable.


L’Homme sans qualités signale que le possible naît lui-même d’un fait réel, et tout à coup une nouvelle respiration nous redonne espoir, il faut bien le reconnaître, car la promesse d’une renaissance vaut mieux qu’un désir assouvi. Peu importe les repères contenu et contenant, le réel, nous rappelle Clément Rosset, est infini. Lui donne à ce mot un sens plus métaphysique que Robert Musil, d’où il faut éviter de faire des superpositions lexicales matière à confusion. Musil parle plus de réalité.


L’homme du possible, pour l’Homme sans qualités, est celui, donc, qui, loin de faire rouage ou d’occuper une place de pièce maîtresse ou secondaire dans la machine de la réalité avec ses lois mécaniques, rationnelles, physiques ou que sais-je, et s’en contentant, imagine ce qui pourrait être, avoir eu lieu, se produirait… en se noyant avec une divine ivresse dans les fumées qu’exhale la machine du réel, ou même qui en précèdent le fonctionnement, pourquoi pas ? Un marginal, un fou, un idéaliste, un malade. Autant de qualités que les hommes du réel lui attribuent, par un manque d’imagination ou un déficit évident de fantaisie contemplative ou sensuelle, pour affirmer leur place dans la carte du monde – réel, faut-il le préciser ? Les hommes du réel nourrissent une foi enfantine dans la matrice réelle aux vertus pratiques affirmées, qui ne laisse d’interpeller, et qui les authentifie, selon eux, dans leur présence au monde. En aurions-nous besoin que cela pourrait bien nous amuser comme un gadget de survie en plein chaos.


En fin de compte, peut-on imaginer le plaisir et la chance que nous offre l’Homme sans qualités quand il détache son modèle d’humanité du nécessaire ordre des choses ? Quand il nous livre à ce terrain vague sous les artifices célestes où nous pouvons cheminer toutes affaires cessantes en ne nous passionnant pour rien, en ne présentant aucune qualité qui nous enchaînerait au commerce humain et qui nous rapprocherait tout simplement de la divinité, elle-même infiniment désabusée et de toute façon exceptionnelle ?